L’actualité commentée

Avril 2020

La prison nous appauvrit tous !

Le 15 avril 2020

« Ils ont tout, en prison », entend-ton parfois : « la télé, le téléphone, ils sont nourris, logés gratis… ». Vrai ou faux ?

Photo by Mitchel Lensink on Unsplash

Faux, totalement faux, nous expliquent Farid, un détenu, et Rita, la maman d’un autre prisonnier, dans une vidéo réalisée par la section belge de l’Observatoire international des prisons (OIP) qui leur donne la parole. Cette association étudie les conditions de détention des personnes détenues et alerte à propos du non-respect des droits humains dans les prisons.

« En prison, tout est payant, tout, tout, tout ! »

En prison, un détenu ne touche pas ou plus de salaire, d’allocation de mutuelle ou de chômage, pas de CPAS non plus. Il perd la majorité de ses droits sociaux et reçoit seulement le strict minimum nécessaire à sa survie. En effet, avec un budget de 3,5 euros par jour et par personne, les repas ne peuvent être ni variés ni diététiquement corrects : « On vous donne à manger, c’est pas ça mais on ne met pas de cuisinier en cuisine. Les pommes de terre ne sont pas cuites, la salade est sale et la soupe… c’est de l’eau », raconte Farid.
Contrairement à ce qu’on imagine facilement, derrière les grilles, tout est payant : la location de la télévision, celle du frigo, l’accès au téléphone et, via la cantine, l’achat de nourriture en complément, de fruits, d’une bouteille d’eau, d’un café, mais aussi de savon, de shampoing, etc. C’est ce que l’on appelle « cantiner ».
Avoir les moyens de « cantiner », est donc très important, notamment pour pouvoir s’alimenter correctement. Mais puisque tout est payant, comment payer ? « Vos seuls revenus, explique Farid, ce sont ceux que la famille veut bien verser. Mais beaucoup de gens n’ont rien du tout, pas d’amis, pas de famille ». Il y a, pour certains, la possibilité de travailler mais « il faut attendre quatre mois pour avoir un travail et le salaire est misérable (80 cents de l’heure) et vous faites un travail d’esclave ». Il donne un exemple : « J’ai travaillé un mois pour Haribo, j’ai gagné 70 euros ».
Il existe bien une caisse d’entraide, appelée le « social » mais cette caisse prête et donc… récupère dès une arrivée d’argent, si petite soit-elle : « On vous le reprend et vous restez sans rien du tout ». Donc, conclut Farid : « le social, on ne peut pas appeler ça le social ! ».

Des détenus et des familles appauvries

En réalité, la prison appauvrit le détenu et sa famille puisque c’est cette famille qui aide à cantiner. C’est elle aussi qui paie les trajets pour se rendre aux visites. « Quand on est en prison, notre amie, elle purge avec nous », dit Farid. Parfois, l’emprisonnement crée même un endettement dont il peut être difficile de sortir ultérieurement. Or la majorité des détenus appartiennent aux classes sociales les plus défavorisées ; donc la prison va renforcer leur précarité. Elle va, en quelque sorte, appauvrir les pauvres ».
Vu l’absence de soins de santé adéquats, la prison fragilise également la santé, tant physique que psychologique : « Ici, on ne te donne que du paracétamol », explique Farid.
Enfin, elle fragilise socialement le détenu mais aussi sa famille. Rita précise : « Quand vous avez quelqu’un en prison, tout le monde vous tourne le dos, vous avez une étiquette sur le front… ».

Des traitements dégradants

« Il n’y a pas de droits en prison, explique Farid. La loi, c’est celle de la direction. Si un agent vous dit de vous mettre à terre, vous devez vous mettre à terre. S’il vous dit de rentrer dans la douche, vous devez entrer. Sinon, c’est le cachot, vous ne sortez plus de votre cellule, vous restez sans préau, sans téléphone ». En réalité, les conditions de détention dans les prisons belges correspondent à des traitements dégradants. « Une fois que les gens sont en prison, ils ne sont plus rien, rien du tout. Ils sont déshumanisés, c’est catastrophique », dit Rita.

Un cout pour la société

Les prisons ont un cout très important pour la société, et même un cout de plus en plus élevé puisque certaines vieilles prisons doivent être rénovées, puisque l’extension du parc (!) carcéral est prévue. L’État va s’endetter pour des années alors que la prison a des effets désastreux sur les détenus et leur famille, alors qu’elle n’empêche pas la récidive. Ces budgets pourraient être consacrés à des politiques sociales prévenant la délinquance et à des mécanismes de compensation pour les victimes qui s’estiment généralement lésées par la justice pénale.
« La loi, elle ne sert qu’aux riches, dit Farid. Si vous avez de l’argent, vous êtes bien ; si vous n’avez rien du tout, vous n’avez rien ». « Une prison qui vise les personnes pauvres et qui nous appauvrit tous et toutes, c’est la pauvreté au carré, c’est le reflet concentré d’une société qui creuse de plus en plus les inégalités sociales », conclut Olivia Nederlandt, membre du Groupe de recherche en matière pénale et criminelle à l’Université Saint-Louis Bruxelles (GREPEC) et active au sein de l’OIP.

Vous trouverez ci-dessous la vidéo qui a été projetée lors d’une conférence intitulée « Un monde sans peine… inévitable chaos ? », qui a eu lieu le 20 octobre 2019, à l’occasion du Festival des Libertés. Cette conférence peut être visionnée ici : https://www.youtube.com/watch?v=pYjUTGECHzo. Cette vidéo a aussi été projetée à la suite d’une intervention d’Olivia Nederlandt, « La prison, la pauvreté élevée au carré », dans le cadre d’une journée d’étude intitulée « Le droit face aux pauvres » organisée à la Cour constitutionnelle le 20décembre 2019 à l’occasion de l’accession à la retraite du juge Jean-Paul Snappe.

Commentaires

  1. La prison nous appauvrit tous !

    26 mai 2020

    godde patrick

    Témoignage réel de l’avenir de la détention mercantile que jai longuement défendue au long de mes longues détentions autre fois .Argumentée en droit face aux directions le code du commerce assimile ce système a du racket puisque sans concurrence contraire à la loi du commerce des prix imposés par la privatisation des prisons chalandon . L’argent introduit au cœur de la prison par ce système dit vacance est une propagande de média et d abrutis .la Priso n est restée la même que celle que jai connu a mes debut ,aujourd’hui certains pensent que ces "avantages ont été offerts " par la réforme Mitterrand faux ils ont été pris par la force des émeutes de 76 les morts de l’époque ne sont plus la pour témoigner mais je suis certain qu’ils restent des survivants à eux d en donner les raisons et d en témoigner moi j’y suis rentré la première fois pour mes 20 ans presque, et ne commençait que le début des réformes pour améliorer les conditions de de détention.Il y aurait tellement à dire que j’y serais encore demain à contredire tout se qu’il est raconté sur la Prison et ces conditions réelles tant qu a son inutilité sur l’immense population qui y est .Il faudrait tuer l omerta du sujet .En 80 le lever se faisait à 6h30 du matin la reforme commençait mais elle mets du temps a produire ses effets a cette heure qui existe toujours mais où le détenu nest plus obligé de se lever on devait retirer le pyjama blue pour rependre accrocher dehors ses effets personnels sortis à la dernière fermeture des portes soit 18 heures 30 .l’extension des lumières a 22h avec interdiction de parler ensuite sous peine de mise au cachot immédiatement . Les parloir hygiaphone pour tous même pour les prévenus l’époque tant regretté des portes clefs qui faisaient la pluie et le beau temps sur la masses ,sauf sur les rebelles qui je suis sur existent encore , la prison s’est dans la la tête comme l a écrit Rolland Agre "tant que tangue sur un mur le navire de ta raison en feux" Apprendre à dépasser le mur pour voir que la liberté est partout même en prison . L’impossible est possible il suffit de se battre tous les jours pour revendiquer nos droits . Dans ces années après l’appel on devait plier le lit au carré interdiction de s’allonger sur le lit sous peine de sanction une cantine tout les 15 jours pour le tabac avec un maximum à pas dépasser la ricorre pareille 2 boite max de 150g un kilo de Sucre il me semble. obligatoire de descendre en promenade sauf dispense 500f de cantine par mois à ne pas dépasser tout le reste était distribuer au différents comptes cantine libérable et victime. Et jai eu de la chance de la découvrir à cette époque pas de droguet uniforme pour les condamner pas de tondeuses mais beaucoup d’humiliation porte clef à casquettes cherchant le conflit en permanence au moindre regard mon séjour heureusement a été bref avec ces conditions n etant que prévenu pour le receleur de vol dun poste de radio de 5 centimetres.. Le reste est à l’avenant du directeur dans le cadre de la loi oui une autre époque mais laquelle est pour moi celle la plus importante celle d’hier ou l’argent n’avait pas d’importance ou la solidarité avait du prix ou le poids de certain était indiscutable ou le mouvement d’ensemble était sans limite la preuve avec les émeutes d’ensemble qui brisaient tout sur son passage pour obtenir" un poste de propagande "des conditions allégées de détention calculée pour casser tout mouvement voilà l’argent qui rentrent ou le chacun pour soi conforme à la société est etabli l’égoïsme triomphant du fric voilà la révolution de la réforme briser la loi de l’intérieur
    Mais je suis toujours aussi révolté par ce que j’entends sur ces conditions soient disantes de ils ont tout des" vacances " les plaintes sans cesse renouvelées des portes clefs traumatisées de leur condition de détention un monde à l envert ou cest le tortionnaire qui se plaint. Car jai connu les 2 façons de vivre la détention sous des régimes différents j’ai toujours dit que la prison ne sert à rien ou peut-être à quelque s un mais l’ensemble détenu y est pour le fric quelle rapporte à la société le but de la réforme rentabilisé la peine sous couvert de justice un model de réussite il suffit de constater les condamnations répétées des droits de l’homme aux sujets de nos compatriotes incarcérés mais le Droit et l’ordre y est conformes nest ce pas l’essentiel la mission de sûreté est établie mais jai souvent dit aux directions que la prison avait une autre mission tout aussi importante réinsertion et plutôt insertion car souvent cest plutôt celle ci qui nest pas faite l’insertion mais ça c’est une autre histoire pour faire dormir les enfants alors comme je sais qu’il ne serts pas à grand chose de révéler que l’injustice est partout et plus encore la bas je vais aller garder mes mouton sur mon île vierge sans garder en mémoire ceux que je sais qui se battent encore et que rien ne les fera se taire ny abdiquer à mes frères je vous souhaite mes encouragements et surtout de garder la pêche....

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