L’actualité commentée

Mai 2020

Non, un chauffeur Uber n’est pas son propre patron

Le 5 mai 2020

Uber, Deliveroo, voilà des plateformes – ou applications - numériques. Des particuliers, vous ou moi, nous pouvons télécharger ces applications et commander un service à d’autres particuliers. Ceux-ci peuvent être, par exemple, un chauffeur pour un déplacement ou un restaurateur pour la livraison d’un repas à domicile via un coursier.

Mots-clés associés à cet article : Contrat de travail , Deliveroo , Indépendant , Plateforme numérique , Salarié , Uber

Photo by Ross Sneddon on Unsplash

Pour les fondateurs et propriétaires de ces plateformes, le coursier, le livreur ou encore le chauffeur est un travailleur indépendant.

Indépendant ou salarié, c’est très différent !

Brièvement dit, un indépendant, c’est quelqu’un qui travaille pour lui, à son profit, en fixant lui-même sa manière de travailler. Il n’a pas de patron. Inversement, un salarié travaille pour un employeur auquel il est lié par un contrat de travail. L’employeur possède une autorité sur les travailleurs, il y a entre eux ce qu’on appelle un « lien de subordination ». En effet, dans un contrat de travail, figurent généralement un horaire (même flexible), des instructions concernant la réalisation du travail, un salaire, des informations concernant le contrôle du travail effectué et les sanctions prévues si elles ne sont pas respectées, etc.
Autre grande différence entre un indépendant et un salarié : un salarié a des droits plus importants à la sécurité sociale. Moyennant certaines conditions, il a, par exemple, droit à des allocations de chômage lorsqu’il perd son travail et à des congés payés, ce qui n’est pas le cas d’un indépendant.

Pas d’accord…

Selon les propriétaires de ces plateformes, le travailleur ne travaille que quand il le souhaite, quand il décide de se connecter à l’application. Il fait donc ce qu’il veut et, de l’avis des plateformes toujours, cela suffit pour dire qu’il est un travailleur indépendant.
Pourtant, ces plateformes ne se limitent pas à mettre en contact un client et un chauffeur ou un livreur. En général, elles fixent aussi un tarif pour la prestation, encaissent une course, indiquent l’itinéraire à suivre et peuvent le contrôler via la géolocalisation. Elles peuvent aussi récompenser certains chauffeurs ou livreurs fidèles et en sanctionner d’autres qui refuseraient trop de courses.
Depuis plusieurs années, des chauffeurs et des coursiers se sont adressés à la justice. Estimant qu’ils n’étaient pas des travailleurs indépendants, ils ont demandé d’obtenir un contrat de travail et donc d’être considérés comme des travailleurs salariés. Des démarches semblables existent au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas, en France, aux États-Unis.

La France leur donne raison

En novembre 2018, la Cour de cassation française a donné raison à un coursier à vélo de Take-it-easy (qui n’existe plus aujourd’hui mais fonctionnait comme Deliveroo). Take–it-easy mettait en relation des clients passant commande d’un repas chez un restaurateur et des livreurs à vélo, considérés comme indépendants. Non, à conclut la Cour de cassation, parce que l’application permet de géolocaliser le coursier, de calculer les kilomètres qu’il a parcourus et de le sanctionner. Ce coursier doit donc avoir un contrat de travail et être traité comme s’il en avait un.
Plus récemment, le 4 mars 2020, cette même Cour de cassation française a donné raison à un chauffeur Uber. Elle confirme le constat déjà réalisé précédemment en Cour d’appel. Son jugement (appelé arrêt de cassation) précise pourquoi ce chauffeur a bien droit à un contrat de travail et notamment parce que :

  • ce chauffeur n’a pas sa propre clientèle et ne choisit pas ses tarifs ;
  • il n’a pas le choix de son itinéraire et est sanctionné s’il ne suit pas l’itinéraire imposé par la plateforme ;
  • il peut être temporairement déconnecté de la plateforme s’il refuse trois courses.

En réalité, le contrôle du travail existe bel et bien dans les plateformes même s’il se manifeste autrement que dans une organisation plus habituelle du travail.

En Belgique ?

Les travailleurs des plateformes sont-ils ou non des salariés ? Les mêmes questions se posent évidemment en Belgique : Deux affaires sont en cours :

  • deux coursiers de Deliveroo qui ont refusé le statut d’indépendant en février 2018 se retrouvent devant la Cour du travail de Bruxelles ;
  • l’Auditorat du travail – c’est-à-dire le Parquet spécialisé quand il s’agit d’affaires concernant les relations de travail – demande au Tribunal du travail de Bruxelles de considérer les coursiers comme des salariés, ayant droit d’office à un contrat de travail et bénéficiant de la sécurité sociale des salariés.

Commentaires

  1. Non, un chauffeur Uber n’est pas son propre patron

    6 mai 2020

    Michel Schobbens

    Je suis d’accord, au vu des explications fournies plus haut, que ces coursiers et chauffeurs soient considérés comme des employés, et non des indépendants.

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