L’actualité commentée

Le cycliste des Fagnes : faisons la part des choses

Le 1er février 2021

Beaucoup d’entre nous ont vu cet épisode de la petite fille chutant lors d’une promenade avec ses parents dans les Fagnes le jour de Noël 2020 après qu’un cycliste l’ait heurtée du genou en passant près d’elle.
La boule émotive a envahi les réseaux sociaux dans les jours suivants et le parquet a lancé un appel à témoins au sujet de ces faits.
Yves Cartuyvels, professeur à l’Université Saint-Louis Bruxelles, nous livre les réflexions que lui inspirent ces événements

Mots-clés associés à cet article : Médiation , Présomption d’innocence , Réseaux sociaux , Émotion

Wikimedia Commons

Le 25 décembre 2020, un cycliste bouscule du genou et renverse une petite fille sur un chemin enneigé dans les Hautes-Fagnes.
Le père de la petite fille a filmé la scène et, comme pour un hors-jeu discutable au cours d’un match de football, les images laissent place à l’interprétation : coup volontaire du cycliste ou tentative de rétablissement sur un sol glissant ?
Par ailleurs, la vidéo donne un instantané sélectif de la scène : le cycliste, qui roulait à allure réduite, s’est-il arrêté ensuite ou non ? L’attitude du père était-elle menaçante ou non ? Ce n’est pas clair. La petite fille, en tous cas, ne garde aucun dommage.

Réseaux sociaux

La vidéo est diffusée sur les réseaux sociaux et ceux-ci s’enflamment, au prix d’une spirale émotionnelle aussi intense que brève.
L’hypothèse d’un accident est évacuée d’emblée au profit de la culpabilité du cycliste. Sur les réseaux sociaux, à l’abri de l’anonymat, on n’analyse pas, on assène ; on n’argumente pas en pesant les faits et les points de vue, on énonce sa vérité. La sentence émise se perd, sans risque d’être contredite, dans la masse des opinions similaires ou différentes qui se croisent sans se répondre sur la toile.

Émotion

Face à l’émotion qui monte en mode virtuel, la justice embraye dans le réel.
Le parquet de Verviers lance un appel à témoin pour retrouver le cycliste, qui se présentera de lui-même à la police ; l’homme est retenu une nuit en cellule et reçoit le lendemain une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel, le parquet signalant qu’il est passible d‘une peine d’un an de prison pour coups et blessures. Selon la presse, le parquet justifie son intervention par le souci d’éviter des réactions plus graves contre le cycliste, par ailleurs bon père de famille.
Dix jours plus tard, plus personne ne parle de cet événement qui entrera probablement dans la rubrique des faits divers sans conséquences.
Fallait-il un tel emballement de la justice ? Quand on connaît la surcharge des tribunaux correctionnels, le taux de classement sans suite pour des dossiers autrement plus problématiques, on peut s’interroger.

Disproportion

La réaction judiciaire semble ici avoir été dictée essentiellement par le souci de calmer, en temps réel, l’émotion sur les réseaux sociaux. Elle semble marquée par une disproportion manifeste en regard de faits en définitive bénins.
Tout au plus une affaire de ce type justifierait-elle une médiation entre le cycliste et les parents. Cette possibilité existe et, si le parquet avait annoncé vouloir l’utiliser, il aurait sans doute calmé le jeu de manière bien plus rapide et efficace qu’en encourageant une escalade judiciaire.

Commentaires

  1. Le cycliste des Fagnes : faisons la part des choses

    1er février 2021

    Gosselin

    Article déjà publié le 28 01 2021 sous le titre « Le cycliste des Fagnes : Much ado about nothing ? » et avec deux réactions, également disparues.

    Dont celle-ci :

    « La petite fille, en tous cas, ne garde aucun dommage ».
    L’auteur de cette allégation, qui ne cite pas la source de cette affirmation définitive, n’a vraisemblablement jamais été renversé au sol et oublie qu’un être humain n’est pas un pantin et peut souffrir en son esprit si ce n’est en son corps.
    En l’état, cette assertion est choquante.

  2. Le cycliste des Fagnes : faisons la part des choses

    2 février 2021

    Sevemoon

    Compte tenu de l’effervescence autour de cette affaire, il me semble que si l’enfant avait la moindre séquelle traumatique de quelque nature que ce soit, le père le ferait savoir à grand bruit.
    Après, nonobstant cette occurrence précise, dans la vie c’est comme ça : on se fait bousculer, on tombe, on se relève et on garde des séquelles qu’on appelle l’expérience. Si on part dans cette direction de tout jeter dans l’arène émotive des réseaux sociaux de toutes natures, la moindre peine de cœur est sujette à procès.
    Cela dit, je suis intéressée de savoir le sort réservé aux violeurs et pédophiles dans cette configuration où le peuple s’arroge les fonctions de procureur, juge et bourreau.

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