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Ne pas aider toutes les femmes de la même façon, c’est discriminer

Le 8 février 2021

« Moeders voor moeders » est une association de Borgerhout, près d’Anvers. Elle aide les mères dans le besoin en leur proposant des colis alimentaires et une aide matérielle pour les enfants.

Photo @ PxHere

Ses locaux comportent une salle d’accueil et de soins pour les bébés, une cafétaria, un atelier de couture, un lieu pour une éventuelle consultation médicale, etc.
Cette association vient d’être condamnée par le tribunal de première instance d’Anvers pour discrimination.

De quoi s’agit-il ?

Pour avoir accès aux parties communes, les mères portant le foulard islamique doivent l’enlever. Si elles refusent, elles sont alors accueillies à part, dans une salle plus petite et moins bien équipée.
La même obligation d’enlever le foulard concerne aussi les accompagnatrices éventuelles des mères comme des interprètes ou des assistantes sociales.
Après avoir tenté à plusieurs reprises de négocier avec « Moeders voor moeders » pour obtenir un changement de cette pratique, Unia, centre belge défendant l’égalité des chances, s’est adressé à la justice.
De son côté, « Moeders voor moeders » explique pourquoi avoir interdit, en 1996, le port du foulard. Le nombre de mères portant le foulard augmentait et cela provoquait le malaise des autres mères, qui quittaient alors l’association. « Moeders voor moeders » dit donc avoir décidé ce fonctionnement pour mettre à l’aise les femmes qui ne le seraient pas en présence de femmes porteuses le foulard.

L’association est condamnée

Le tribunal a estimé que recevoir les femmes séparément, en excluant certaines d’entre elles d’une partie des services accessibles, était une démarche discriminatoire, ici basée sur la croyance religieuse.
Le juge fait également remarquer que « Moeders voor moeders » semble moins préoccupé de mettre à l’aise les mères musulmanes dont le port du foulard constitue une part de l’identité. Elles doivent renoncer à leur propre sentiment de se sentir comme chez elles pour garantir ce même sentiment aux autres personnes présentes.
Il condamne l’association à une amende de 500 euros par jour, pour chaque infraction constatée.

Pas d’accord

En désaccord avec le jugement, l’association « Moeders voor moeders » réagit, par exemple sur la VRT : « Vous voyez ici beaucoup d’organisations à but non lucratif qui offrent de l’aide aux personnes dans le besoin, mais vous ne voyez pas de femmes belges faire la queue parce qu’elles ne se sentent pas chez elles dans le groupe. Quand tout le monde se ressemble et parle la même langue, chacune se sent chez elle, indépendamment de la religion ou de la langue. Nous sommes convaincues que notre règle n’est pas discriminatoire, au contraire ».
Refusant de payer les 500 euros par jour, « Moeders voor moeders » a décidé de respecter à la fois son propre règlement et le jugement du tribunal : l’association reçoit maintenant toutes les femmes en dehors de ses locaux, dans la rue. Elle dit vouloir continuer à le faire jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. « Moeders voor moeders » respecte donc actuellement le jugement en attendant une nouvelle décision.
L’association fait donc appel à la décision du tribunal anversois.

Commentaires

  1. Ne pas aider toutes les femmes de la même façon, c’est discriminer

    9 février 2021

    Skoby

    Je ne suis pas d’accord avec ce jugement ! Moeders voor moeders recevait tout le monde
    de la même manière sauf qu’elles ne voulaient pas qu’on affiche de manière ostentatoire
    sa religion, ce qui mettaient les autres mères fort mal à l’aise.
    Ce jugement condamnant une association sans but lucratif et qui vient en aide aux mères
    en difficulté, est pour moi scandaleuse !

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