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Les « Cold cases » existent vraiment !

Le 15 juin 2022

« Cold case », c’est le nom d’une série télévisée américaine débutant en 2003 : Lilly Rush, seule femme inspectrice de la Police criminelle de Philadelphie, mène l’enquête sur des meurtres commis plusieurs décennies auparavant. Il s’agit d’affaires judiciaires sans issue, jamais éclaircies malgré le temps passé. La série sera ensuite diffusée au Canada, en France, en Belgique.

Mots-clés associés à cet article : Police , Enquête pénale , Cold case

Photo @ PxHere

Mais dans la vraie vie, en Belgique comme ailleurs, les affaires non élucidées existent pour de bon ! Il y a peu, la France a créé un pôle judiciaire se consacrant exclusivement à quelque 240 dossiers non résolus.
À cette occasion, une députée belge a questionné le ministre de la Justice : « La Belgique ne devrait-elle pas prendre pareille initiative ? ». « Non », a répondu le ministre Vincent Van Quickenborne, ces cold cases peuvent être traités avec l’organisation judiciaire actuelle. Le ministre souligne cependant que la police judiciaire fédérale a exceptionnellement mis en place ce genre de pôle pour les tueries du Brabant.

Vieilles affaires

On parle généralement de cold case pour des affaires criminelles non résolues. Cela concerne des disparitions mais aussi des homicides lorsque la victime est connue mais que l’auteur des faits est resté introuvable.
L’affaire non résolue la plus connue en Belgique est sans doute celle des tueries du Brabant. En 1985, plusieurs braquages ont lieu dans différentes grandes surfaces. Vingt-huit personnes sont tuées. Près de quarante ans plus tard, l’affaire n’est pas résolue.
On peut en citer d’autres, toujours sans issue : en 1994, deux enfants, Kim et Ken, disparaissent. Le corps de la fillette a été retrouvé mais pas celui de son frère.
Ou encore, la disparition de Sophie Carlier, en 1994 également, à Peruwelz. La jeune femme n’est jamais arrivée là où elle se rendait. Bien d’autres disparitions et homicides, moins anciens, sont restés sans explication, sans coupable.
Combien seraient ces cold cases belges ? Il n’y a pas de statistiques à ce sujet.

Un devoir de justice

Mais pourquoi se préoccuper de ces cold cases ?
Une première raison de ne pas les oublier, c’est de tenir compte d’un « devoir de justice », qui ne se termine pas avec les années. Les affaires Dutroux et Fourniret (et donc la disparition de plusieurs fillettes et adolescentes) ont mis en évidence l’importance de retrouver les disparus pour que les familles puissent connaître et tenter de comprendre ce qui s’est passé. Pour celles-ci, découvrir la vérité peut aider à faire, ou tenter de faire, leur deuil.
Plus le temps passe, plus les recherches sont évidemment compliquées : des preuves peuvent disparaitre, des témoins décéder et la mémoire s’estomper. Parfois pourtant, de nouveaux éléments peuvent apparaître longtemps après les faits et permettre de revoir une affaire. Ou bien — et c’est une raison de consacrer du temps à ces cold cases — d’anciens éléments permettent actuellement des recherches impossibles auparavant, grâce aux progrès technologiques. Ainsi, on peut maintenant identifier une personne avec des éléments trouvés il y a vingt ou trente ans. Un exemple, « si on retrouve un corps maintenant, on compare les ADN, ce qui n’était pas le cas avant. On a donc inhumé un tas de gens sans savoir vraiment qui c’était et donc on peut imaginer que certaines personnes disparues ont tout simplement été inhumées », a expliqué Christian Henry, procureur du Roi à Mons-Tournai interrogé à la RTBF.
Le travail d’enquête peut cependant rester compliqué lorsque certains éléments (notamment organiques) ont été mal conservés à une époque où l’on n’imaginait pas pouvoir s’en resservir des années plus tard.

Manque de moyens

Pour le procureur du Roi, le manque de moyens de la justice et de la police explique aussi ces affaires sans issues : « Les enquêteurs n’ont certainement pas assez de moyens pour mener les recherches ». Il précise : « On a un déficit de plus de vingt enquêteurs sur la police judiciaire de Mons-Tournai et ça freine les enquêtes. […] … alors, il faut faire des choix prioritaires et ils sont très simples, ce sont les cas où il y a des détenus, parce qu’on ne peut pas prolonger une détention préventive […] ».
Anne Gruwez, juge d’instruction, précise dans une interview publiée par La Libre Belgique que d’autres sanctions pourraient être imaginées pour certains délits qui demandent un très important travail d’enquête : « Prenez les petits deals de rue [(…] :on pourrait économiser sur le travail d’enquête en imaginant des sanctions différemment calculées […], ce qui dégagerait du temps et permettrait aux enquêteurs de s’atteler à certains dossiers, ô combien moins répétitifs, comme les ‘Cold cases’ ».

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