Sans doute, oui, comme tout le monde, les stripteaseuses peuvent avoir besoin d’aide si elles ont affaire à la justice ! Pourquoi elles, particulièrement ? À la lecture de ce titre quelque peu biscornu, l’imagination s’envole mais… voici l’aventure vécue par Justin Sykes !
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Jeune avocat commis d’office à Philadelphie, il défend des laissés-pour-compte de la société américaine, ceux qui n’ont pas les moyens de payer un avocat pour les défendre. Au fil des pages, le lecteur rencontre les stripteaseuses mais aussi un voleur de spiritueux, un exhibitionniste, des clients « qui croulent sous le poids considérable de la justice et du capitalisme, et du monde qui les accable autant qu’il le peut, et quelqu’un, quelque part, se doit de soulager leur fardeau ».
Au détour d’une visite en prison, il est contacté par le patron d’une boite de la banlieue. Celui-ci lui fait une offre singulière : venir donner, une heure par semaine, des conseils juridiques aux jeunes femmes qui s’y produisent. La proposition est d’autant plus étrange que la rémunération est liée à une règle incontournable : 1 000 dollars et une nuit dans le motel voisin.
L’affaire parait louche et la morale de l’avocat le titille, mais il l’accepte. Cela cache sans doute quelque chose de pas net mais il ne cherche pas à comprendre…
La proposition est absurde mais… on tourne les pages, on se dit qu’elle pourrait peut-être bien être réelle, on y croit presque… Et bien sûr, la situation va magistralement déraper !
Suspens donc. Que cache ce boulot douteux ?
Mine de rien, Ian Levison met en évidence le fonctionnement du système judiciaire américain tel qu’il le perçoit. Celui-ci est manifestement à géométrie variable selon les finances de celui qui a affaire à lui… L’auteur brosse le portrait d’une société où les puissants écrasent les plus pauvres. Il décrit un monde corrompu où, par exemple, les procureurs sont élus de père en fils, qu’ils soient ou non compétents. La recherche du profit et l’absence de scrupules imbibent toutes les relations. Et les voleurs peuvent se faire tabasser par la police…
Au fil des pages, on apprend, par exemple, qu’il vaut parfois mieux être noir que blanc parce que les églises noires offrent des financements caritatifs. Commentaire de l’auteur : tout raciste qu’il soit ou puisse être, « le système aime plus l’argent qu’il ne hait les Noirs ». Un système « qui ne cherche même plus à faire semblant d’être juste ». Les faits et la vérité ne comptent plus…
La plume de Iain Levison est à la fois légère et caustique, son ironie est tranquille et sa lucidité manifeste à propos des failles du système judiciaire. Son pessimisme semble bien de rigueur, il n’y a guère d’espoir de changement : « à dans six mois » dit-il à la mère de l’exhibitionniste condamné pour la troisième fois…
Même si l’humour peut être mordant, Levison ne moralise pas, il décrit même ses clients avec humanité, sans misérabilisme. Il semble bien les comprendre, si pas… les excuser.
Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques – Édité par Liana Levi/Piccolo
