Invitation à la lecture : « William ou le sens de la peine »

par Isabelle Seret et William

1er juillet 2026

Les Éditions Academia ont publié en 2024 le récit, recueilli par Isabelle Seret, de William (prénom d’emprunt), condamné par une cour d’assises pour des faits commis à l’âge de seize ans : Isabelle Seret et William, William ou le sens de la peine.
Thérèse Jeunejean nous présente ce livre.

PNG - 135.1 kioWilliam (prénom d’emprunt), seize ans au moment des faits, a été jugé comme un adulte suite à un « dessaisissement » : quand la justice des mineurs estime, après avoir eu recours sans succès à toutes les mesures existantes, qu’elle ne peut plus rien faire pour aider l’un d’eux, elle décide de ne plus s’occuper de lui. Elle prend une mesure de dessaisissement, qui envoie ce mineur vers la justice des adultes. Pour William, ce sera la cour d’assises.
Le jeune homme, lui, voit les choses à sa manière : « Y’a pas beaucoup d’assises pour mineurs, d’où on a voulu un exemple ». Il a été condamné et, « à un cheveu près, il a écopé de trois décennies » explique dans la préface Fouzia Elmarabeth, du Service du délégué général aux droits de l’enfant. Et elle commente : « C’est l’exception de minorité qui empêche la perpétuité ».
Des faits, on n’apprend pas grand-chose. « Pour moi, dit William, la peine que j’ai reçue comparé à ce que j’ai fait, c’est pas juste. La justice, elle a qualifié ça d’assassinat. Mais tout ce que j’ai pas fait ou pas dit n’a pas été considéré. Comme si j’étais d’accord ».
La condamnation de William a de multiples conséquences, explique Jacques Fierens, l’avocat du jeune homme : « On a infligé à ce jeune de 16 ans la sanction de ne plus avoir de jeunesse, de ne plus embrasser une fille, de ne dire ‘je t’aime’ à plus personne sauf à sa mère, de ne pas fonder de famille, de ne pas avoir d’enfant. On l’a jeté pour des décennies dans le monde criminogène des prisons où n’existent que les rapports de force, les gueulades de souffrance et la perte de sens. Quoi qu’il ait fait, c’est absolument terrifiant. Quelle violence suite à la violence qu’on lui reproche ! »

La question du sens

Accompagnée de Fouzia Elmarabet, Isabelle Seret, intervenante en sociologie clinique, a recueilli le témoignage de William en utilisant la méthode du récit de vie. Elle l’a rencontré plus de vingt fois, de septembre 2022 à novembre 2023. Au départ, ces rencontres sont proposées par Fouzia Elmarabet avec l’objectif de remobiliser le jeune homme dont elle est témoin du mal-être. (lors de son passage en centre fermé, William avait contacté le Service du Délégué général aux droits de l’enfant). Elle pense qu’un travail narratif pourrait le remobiliser.
Au fil des pages, on découvre des épisodes, des moments de la vie du jeune homme, de son enfance à aujourd’hui, sans aucune chronologie… Et « sans jamais justifier ni excuser les faits. Mais essayer de comprendre », précise Isabelle Seret. On lit la version de William concernant l’enfermement, dans différents lieux, le centre fermé des jeunes dessaisis, la maison d’arrêt, la maison de peine. Et l’on est frappé par les manques, les incohérences entre les objectifs affichés par les institutions – la socialisation, l’aide et la protection des enfants et des jeunes – et la vie quotidienne. On suit son questionnement, son évolution et la question du sens de l’enfermement devient évidente. Quel sens cela a-t-il d’enfermer un garçon si jeune pendant si longtemps ? Quel sens cela a-t-il pour lui ? Quel sens cela a-t-il aussi pour les victimes et la société dans son ensemble ? Quelle place est-elle faite à la réinsertion ? Les failles du système apparaissent immenses ! « Ce récit met en exergue les paradoxes de nos institutions. Les contradictions d’un système qui se veut protectionnel et qui admet néanmoins l’idée de livrer un adolescent à une Cour d’assises pour le juger » écrit Fouzia Elmarabet.

Un plaidoyer

« Plus que jamais, au moment où les repères se brouillent, où les enjeux sécuritaires prennent le pas sur les valeurs démocratiques, ce récit est un plaidoyer en faveur de la suppression de la mesure de dessaisissement », écrit-elle encore.
Rappelons que le dessaisissement est dénoncé depuis près de trente ans par le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies. En effet, la Convention internationale relative aux droits de l’enfant stipule que toute personne âgée de moins de dix-huit ans doit bénéficier d’une justice adaptée à son âge. La Belgique a d’ailleurs été plusieurs fois condamnée par le Comité international des droits de l’enfant pour le maintien du dessaisissement parmi ses mesures juridiques. C’est ce que rappelle à son tour Solaÿman Laqdim, délégué général aux droits de l’enfant, dans la postface.

À lire et peut-être à voir ?

« William ou le sens de la peine » est un récit à l’écriture particulière, un peu malaisée ou plutôt déroutante à lire parfois, avec son découpage en multiples mises à la ligne. Peut-être aussi parce qu’Isabelle Seret exprime elle aussi, ici ou là, son ressenti…
Le 12 octobre 2025, dans le cadre du Festival des Libertés, le Théâtre National a proposé la première représentation d’une lecture théâtralisée de « William ou le sens de la peine ». Une conférence-spectacle de l’histoire de William et, à travers elle, celle de nombreux jeunes confrontés à l’enfermement. Peut-être pourrait-elle être reprogrammée ?

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