Quatre Belges sur dix, âgés de 16 à 74 ans et 70 % des Bruxellois sont en « vulnérabilité numérique », dit une étude de la Fondation Roi Baudouin. Cela signifie qu’ils ne sont pas ou peu à l’aise lorsqu’ils doivent utiliser l’internet, lorsqu’aucun contact humain n’est possible. Alors, quand une ordonnance – soit une loi de la Région de Bruxelles-Capitale – allait éventuellement permettre la suppression des guichets physiques, de l’accès téléphonique et du courrier postal pour contacter les différents services… c’en était trop pour plus de vingt associations concernées par l’alphabétisation, la santé pour tous, les droits humains, le handicap... Elles ont donc réagi.
Mots-clés associés à cet article : Non-discrimination , Discrimination , Internet , Administration , Égalité , Informatique , Numérique
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Retournons au 25 janvier 2024.
Ce jour-là, une ordonnance nommée « Bruxelles numérique » décide de rendre les administrations communales et régionales entièrement accessibles en ligne. L’article 13 de cette ordonnance précise que les accès à ces services via le guichet, le téléphone ou le courrier postal pourraient toujours exister mais pourraient aussi être supprimés s’ils étaient jugés trop couteux ou s’ils provoquaient une charge trop importante, alors jugée disproportionnée.
Pas d’accord
Le 19 aout 2024, plus de vingt associations (par exemple « Lire et écrire »), fédérations (notamment les mutuelles) et syndicats se sont adressés à la Cour constitutionnelle. Ils prévoyaient les effets négatifs de cette ordonnance sur le quotidien des citoyens et simultanément sur leur accès aux droits (au logement, à la santé, aux services bancaires, par exemple).
Pas d’accord avec cette ordonnance, ces différents acteurs ont alors introduit une « requête en annulation ». Précision : ils ne demandaient pas l’annulation de l’ordonnance mais bien celle de l’article 13 ne garantissant pas réellement d’autres accès aux administrations que le numérique.
UNIA s’était joint au recours. Estimant qu’il n’y avait pas de garantie que soient maintenues d’autres possibilités d’accès que le numérique, UNIA considérait qu’il existait bien une discrimination. Les citoyens rencontrant des difficultés avec le numérique étaient discriminés dans l’accès aux services publics par rapport aux autres, et cela sur base de leur âge, leur sexe, leur origine, leur langue, leur santé…
Pour tous les intervenants devant la Cour constitutionnelle, l’égalité de tous les citoyens, défendue par la Constitution, n’était pas respectée.
Toujours accessibles à tous
Dans son jugement, appelé « arrêt », du 25 septembre 2025, la Cour constitutionnelle juge que les citoyens, quelles que soient leurs difficultés, ont droit à un accès égal aux administrations. Les autorités administratives bruxelloises ne peuvent donc pas supprimer les guichets, les lignes téléphoniques et le courrier postal en estimant qu’elles sont trop couteuses ou trop lourdes à maintenir. Cet arrêt n’annule cependant pas l’article 13, mais dit seulement qu’il faut le comprendre comme disant que l’accès au non-numérique doit toujours être garanti.
Au contraire, ces autorités sont obligées de prévoir et de permettre l’accès aux administrations via d’autres moyens que le numérique, comme des guichets, des permanences téléphoniques et des échanges postaux. L’accès au numérique ne peut pas chasser l’accès humain.
