« Il y avait une chance sur mille-deux-cents pour que mon nom soit tiré au sort sur la liste électorale. Une chance sur vingt lors du deuxième tirage et une chance sur trois lors de l’ouverture du procès. Il y avait une chance infime pour que ma vie se fende en deux. Elle m’est tombée dessus comme une pierre d’un immeuble délabré ».
Ainsi commence « La jurée », le long récit d’Anne Zeller concernant le procès d’un couple accusé d’avoir empoisonné une vieille tante. Au fil des jours, en parallèle, resurgit un drame de son enfance, la disparition d’une cousine de son âge…
Thérèse Jeunejean a lu le livre et nous dit ce qu’elle en a retenu.
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La vérité ? Quelle vérité ?
Comme ce fut le cas dans le passé, la vérité se dérobe. Au fil des jours, des témoignages, des interrogatoires du couple, des témoins… les perceptions changent, se contredisent, voire s’annulent.
Chaque prise de parole modifie la vision de la jurée, ce qu’elle croyait avoir compris s’avère faux, tout est beaucoup plus compliqué. Les avancées sont suivies de reculs.
Au début, lorsque l’accusé se raconte à la demande de la juge, Anne est touchée par lui, ses bêtises d’ado, ses fragilités, son attachement à la victime.
Puis un policier témoigne, se dit convaincu de la culpabilité des accusés. Pour lui, tous les éléments convergent.
« Je me tiens sur une crête, explique la jurée. D’un côté, l’envie de croire à l’image que je me suis dessinée de Frédéric et Lucile, même si elle pâlit d’heure en heure. De l’autre, les arguments de Blanchet (policier) ».
Au fil des jours, d’autres interventions se succèdent : un frère, une voisine, les mères de l’une et de l’autre, qui chacune défend qui son fils, qui sa fille et accusent « l’autre » d’être coupable.
« Je suis la jurée, explique Anne, celle qui siège immobile, celle qui doute, celle qui délibère ».
Et le doute est permanent : « Même l’absence de preuves peut constituer une preuve ». Les questions sont récurrentes. Pourquoi tant de pourquoi ? Et ce comment non résolu ? Que s’est-il réellement passé ? Y a-t-il un coupable, deux coupables, sont-ils complices ?
La mémoire nous trompe
Simultanément, la jurée est replongée dans son histoire familiale, trouble, confuse, jamais dite auparavant. Elle découvre alors comment les souvenirs nous trompent, comment sa mémoire l’a leurrée. Une prise de conscience qui amène inévitablement une réflexion sur la vérité, sur les faits, sur la culpabilité.
« Comment faire reposer l’avenir des accusés sur de simples mots ? Moi-même, quand je me repasse les audiences, je transforme. Question de perception. Quand j’en parle à M., je trahis. Alors, trois ans après le meurtre de G., que reste-t-il de vrai, à part le silence ? […] Si je ne peux pas me fier à mes propres souvenirs, comment me reposer sur ceux des autres ? Ces questions me donnent le vertige. Je sens que quelque chose d’important a été éludé au procès. Volontairement ou non […]. La parole ne suffit pas. C’est le silence qu’il faut écouter. J’ai besoin de savoir ce qu’il cache… ».
Anne se questionne aussi sur sa légitimité sur « sa place de juge » : « Pourquoi eux d’un côté de la barrière et elle de l’autre ? ».
Sans dévoiler la fin du livre, disons que la vérité apparaitra tardivement, à la suite d’une « bête » question de la jurée…
Précisons que cette histoire se déroule en France. Il y a donc quelques différences avec la Belgique, mais elles ne changent fondamentalement pas le vécu de la jurée.
Particularité aussi : il n’y a pas d’avocat de la victime. C’est rare, explique la juge, mais cela arrive quand il s’agit d’une personne âgée sans descendance…
