Éviter la récidive après des faits de violences conjugales, voilà l’ambitieux objectif de la Chambre correctionnelle spécialisée dans la prise en charge des violences conjugales mise sur pied au Tribunal de première instance du Hainaut, division Charleroi, en janvier 2024.
Comment y arriver ?
Mots-clés associés à cet article : Maison de justice , Poursuites , Récidive , Poursuite pénale , Violence conjugale , Chambre des violences conjugales
Les autorités judiciaires de Charleroi se sont inspirées de ce qui avait été mis en place dans ce même tribunal dans le cadre de la chambre de traitement de la toxicomanie. Le fonctionnement et les objectifs de cette chambre s’inscrivent également dans la lignée de l’article 190sexies du Code d’instruction criminelle, qui prévoit un trajet « restauratif » : il s’agit de « maintenir sur l’auteur des violences une certaine pression, tout en permettant une forme de justice réparatrice qui ne mise pas tout sur la sanction mais fait du prévenu un acteur de son procès qui prenne conscience de ses difficultés et de ses déviances, en vue de sa réinsertion ». La chambre des violences conjugales vise dès lors à proposer une réponse pénale plus efficace, centrée sur la responsabilisation des auteurs et la prise en compte des victimes.
Mais pourquoi cette chambre et comment fonctionne-t-elle ?
Un accompagnement au lieu d’une peine
Premier constat : les violences conjugales sont généralement liées à d’autres problèmes, par exemple à une dépendance à l’alcool, à des stupéfiants. Pour tenter d’éviter la récidive, tenir compte d’une situation globale est impératif ! En proposant un accompagnement avant d’envisager la sanction, la chambre des violences conjugales va permettre la mise en place d’un travail thérapeutique de longue haleine…
Devenir acteur de son procès
Au départ, le Parquet demande une enquête sociale à la Maison de justice et, en fonction de celle-ci, renvoie les personnes susceptibles d’être aidées vers la Chambre des violences conjugales. Les faits constatés peuvent être graves et il ne peut y avoir de sursis probatoire en cours.
Si les prévenus ont exprimé une forme de reconnaissance des faits et d’inadéquation de leurs comportements mais aussi, par exemple, leurs addictions, s’ils acceptent la proposition du Parquet, ils deviennent alors acteurs de leur procès.
D’emblée, ils sont informés de la peine requise par le Ministère public. Ils savent aussi que la chambre spécifique va leur proposer un accompagnement, un suivi lié au respect de conditions très précises.
Cette première audience sera suivie d’audiences mensuelles régulières pendant lesquelles le tribunal évaluera l’évolution de la situation en présence de l’assistant de justice en charge de la guidance.
Cet accompagnement intensif et pluridisciplinaire demande la collaboration et l’implication d’un assistant de justice et de différents services spécialisés.
Quant aux victimes, si elles le souhaitent, elles peuvent assister aux audiences mais elles ne pourront prendre la parole que si elles se sont constituées partie civile.
Un exemple
Si la guidance s’avère positive au bout de dix ou douze mois, le procureur pourra revoir ses réquisitions, c’est-à-dire la peine que le Parquet comptait demander au Tribunal pour juger l’intéressé.
Il s’agit d’une première audience. La Juge s’adresse à Monsieur X : « Vous êtes devant la Chambre de violences conjugales ». Elle explique qu’il s’agit d’un accompagnement, d’un suivi comportant tous les mois une audience au tribunal et un rendez-vous chez l’assistant de justice. Elle précise que des conditions vont être fixées. Elle conclut : « Il s’agit donc d’un contrat avec le tribunal, avec des engagements à respecter pendant des mois ». Et elle questionne : « Êtes-vous demandeur ? ».
Avec l’accord de Monsieur X, cette audience d’introduction peut alors réellement commencer.
La Procureure prend la parole, rappelle les faits de violence et requiert la peine qu’elle estime correcte. Puis la Juge donne la parole au prévenu. Celui-ci explique qu’il avait bu, que sa femme et lui ne savaient pas se parler, qu’il y a bien eu des coups en décembre 2023. Il précise qu’il n’est pas méchant mais que « ça débordait ». En mars 2025, il y eut de nouveau une « grosse bagarre » avec des coups alors qu’il était sous l’influence de l’alcool. Cet homme dit alors qu’il se contrôle mieux depuis qu’il est séparé de sa femme, et qu’il s’en veut…
La Procureure, qui a requis une peine de prison, rappelle qu’il y a déjà eu des faits violents en 2022, non poursuivis. L’homme explique qu’il est maintenant conscient de son comportement, qu’il a perdu sa famille.
Après quelques questions pour mieux cerner l’état d’esprit de ce prévenu, la Juge lui précise les conditions à respecter :
- pas de nouvelles infractions ;
- respect de toutes les convocations chez l’assistant de justice ;
- formation à la gestion des violences conjugales ;
- analyses de sang et d’urine mensuelles afin de démontrer son abstinence (à l’alcool et/ou aux stupéfiants) ;
- pas d’entrave dans les démarches de la victime qui pourrait solliciter un service existant afin de l’accompagner ou faire valoir ses droits ;
- poursuite de son activité professionnelle.
Tous les mois, Monsieur X reviendra donc au tribunal pour une audience de suivi.
En fonction d’autres situations, différentes conditions pourraient être décidées, comme un engagement à réduire la consommation d’alcool, une mise en ordre administrative, une recherche d’emploi, une non-fréquentation de certains lieux ou de certaines personnes…
Et mois par mois…
À chaque audience mensuelle, la Juge revoit une quinzaine de personnes : à celles dont le suivi est en cours, elle demande des nouvelles et comment les conditions sont respectées, elle questionne aussi leur assistant de justice et leur avocat lui aussi présent. En fonction des réponses, elle encourage, elle reprécise telle ou telle exigence si nécessaire. Ou encore, elle met la pression lorsque des conditions sont peu ou mal respectées, elle avertit : « C’est la dernière fois que nous l’acceptons ». Si besoin, elle cherche comment adapter une condition en tenant compte de la situation : une personne qui n’arrive pas à sortir de l’alcoolisme pourrait, par exemple, peut-être voir un alcoologue... La Procureure expose alors son point de vue. Elle peut aussi demander un devoir jugé utile, comme une vérification ou une actualisation de la situation par un service de police.
Et les personnes seront nécessairement revues lors de l’audience du mois suivant. Précisons qu’il s’agit majoritairement d’hommes de tous âges appartenant à tous les milieux sociaux.
… jusqu’à la clôture
Quand les conditions ne sont manifestement pas respectées alors que le prévenu est à sa troisième ou quatrième audience, la procureure peut demander l’arrêt du suivi. Si le juge fait droit à cette demande, le dossier est alors clôturé et le prévenu est réorienté vers un procès classique.
Il peut aussi y avoir clôture du dossier sur demande du prévenu, par exemple parce que le suivi très dense, est trop contraignant pour lui : audiences et rendez-vous chez l’assistant de justice, rendez-vous relatifs à différentes formations ou/et réunions, certaines attestations ou documents à réunir alors qu’il peut aussi avoir un travail professionnel. Assurer l’ensemble des conditions peut s’avérer un réel parcours du combattant.
Actuellement, vu la courte vie de cette Chambre des violences conjugales, peu de dossiers ont déjà été clôturés. Il n’est donc pas encore possible d’en évaluer l’efficacité. Disons seulement que des prévenus qui sont allés jusqu’au bout du parcours disent celui-ci positif pour les sortir de leur problème d’addiction et donc pour leur santé comme pour leur famille. Ils précisent que les formations leur ont appris à avoir le bon réflexe au bon moment, quand ils sentent que la situation pourrait s’envenimer…
Alors que la justice belge rencontre aujourd’hui de très nombreuses difficultés, la Chambre des violences conjugales du Tribunal de première instance du Hainaut tente donc d’explorer une nouvelle méthode pour prévenir la récidive. Lorsque certaines conditions sont réunies, elle les rend acteurs de leur situation en leur proposant un accompagnement personnalisé qui veut permettre de réduire durablement ces violences…
